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  • Photo du rédacteurJean-Michel Bachelet-Gouacide

Le traitement des Basses.

Rien n'est plus difficile à mixer que les basses. De fait on a tendance à les laisser de côté voire les mettre en retrait, ce qui donne souvent des mixes plats et sans saveur. Beaucoup de home studistes négligent les graves d'une part parce que les petits moniteurs ne rendent pas justice à ce registre, mais aussi pour une part à cause des habitudes d'écoute sur des appareils qui ne le reproduisent pas ou mal.


J'ai souvenir de cet ingé son habitué à mixer pour la radio et qui me supervisait lors d'une session live avec un duo piano-contrebasse ; il a passé la moitié de la session à me répéter "enlève du bas, enlève du bas". Ce que j'ai fini par faire. Et la contrebasse a fini par devenir rikiki, agressive, sans aucune rondeur. On aurait dit un alto jouant dans le grave.

Le grave est important. On l'entend souvent sans même s'en rendre compte, mais asseyez-vous et écoutez le bruit de la ville : c'est tonitruant. Alors on va calmer tout de suite le débat : non, le grave n'est pas réservé aux musiques urbaines ; il y en a dans toutes les musiques. Entendons-nous bien : je ne dis pas qu'il faut pousser les basses jusqu'à ce que ça dégouline de partout, je dis juste que quand il y en a il faut savoir le mettre en valeur.

Je l'ai déjà dit, pour moi les graves sont la base sur laquelle s'appuie le reste du mixage. Elles enveloppent le tout, et portent le reste du message en lui donnant de l'ampleur. Le tout est de bien les travailler, et ça se fait dès le début, dès l'orchestration d'un morceau.

On peut décomposer les graves en plusieurs bandes :

20-30 Hz : les sous-graves. Souvent coupés dans la plupart des systèmes de sonorisation ; quand ils ne le sont pas, ça pose une assise et une chaleur remarquable. On s'en sert beaucoup dans le cinema pour des effets dans les scènes de tension. Et elle est coupée pour le vinyle.

30-50 Hz : Bande très importante pour donner de la puissance et de l'assise.

50-100 Hz : C'est là qu'on trouve l'impact, le punch.

100-320 Hz : cette bande donne dde l'impact et de l'attaque, mais aussi un son de tonneau si elle n'est pas maîtrisée.

- Orchestration.

Je ne vais certainement pas vous donner des conseils d'arrangement, mais une grosse caisse noyée dans une basse qui bourrine au côté d'un synthé qui bave dans l'extrême grave, vous imaginez bien que la bouillie qui va en résulter sera inmixable. L'ingé son va faire des choix de coupure de fréquences pour que chacun puisse s'entendre, des choix drastiques qui risquent de dénaturer la couleur des instruments. Donc dès l'arrangement, chacun doit rester à sa place, laisser des espaces aux autres, bref pour les instruments dont j'ai parlé, laisser l'impact à la grosse caisse, appuyée par les grosses notes de basse, laissant au synthé l'extrême grave et les notes longues. C'est un exemple évidemment, mais écoutez vos morceaux préférés et écoutez comment chaque instrument se place par rapport aux autres.

- Caisson ?

Caisson de basse Eltax Atomic 15
Caisson de basse

La question du caisson est toujours épineuse. Là aussi je l'ai déjà dit : un caisson est là pour étendre vers le bas la réponse de vos moniteurs, souvent petits en home studio. Même les meilleurs moniteurs de taille bookshelf ne descendent pas sous les 40 voire 50Hz, donc un caisson sera toujours d'un bon apport. Il peut apporter plus de niveau dans les basses, ou une impression de niveau. Mais le but premier est d'apporter ce que vos enceintes n'ont pas ; et encore une fois ça n'est pas réservé qu'aux musiques urbaines : le caisson procure un plus pour tout type de musique. Et avec l'avantage de vous faire entendre ce que vous n'aurez peut-être pas entendu avec vos moniteurs : des pops sur la voix, le boom-boom du pied du guitariste tapant en rythme quand il joue, et qui remonte sur le micro de l'ampli, ou même le métro passant sous votre immeuble ou le concerto pour feu rouge et poids lourd en côte en bas de chez vous, ce genre de chose...

- Acoustique.

L'acoustique du studio est bien évidemment primordiale pour bien rendre les graves.

Une basstrap en coin
Basstrap

D'une part on veut avoir une acoustique la plus neutre possible, d'autre partle placement du caisson est critique. Je ne vais pas vous faire un cours d'acoustique, mais vous connaissez en gros les règles : studio installé dans la longueur de la pièce, point d'écoute aux deux tiers, centré, moniteurs éloignés des coins, caisson entre les deux, et traitement de la pièce à base d'amortisseurs, de diffuseurs et de bass traps, le tout validé par des mesures. C'est un gros sujet dont vous trouverez facilement les réponses sur le web. Je vous recommande en particulier la formation pour l'acoustique du studio dispensée par SawUp, très complète, fouillée et didactique sans être chère. Je vous met le lien en description.

Panneau absorbant
Panneau absorbant

Mais faites l'expérience suivante : avec un générateur de sinusoïdes, diffusez dans votre studio un signal à 60Hz et déplacez-vous dans la pièce. Vous remarquerez que le son n'est pas partout de la même intensité, et si au point d'écoute vous êtes dans un trou, il va falloir revoir le placement de vos moniteurs et/ou de votre caisson.

- Enregistrement.

Dès l'enregistrement prenez soin de la prise de son des instruments graves. Première chose : écoutez-les attentivement en vrai pous connaître leur réponse dans ce registre, cela peut influencer le choix du micro ou son placement. Si par exemple le batteur débarque avec une grossse caisse 26 pouces qui résonne à 50Hz, un statique placé devant captera mieux cette emphase qu'un sm58 posé dedans.

Bien entendu, avec les instruments électroniques vous aurez bien moins de soucis. Juste à faire bien entendu attention aux niveaux puisque que comme chacun sait, les graves sont les sons qui ont le plus d'énergie.

- Mixage.

Pour que chacun tienne sa place, les outils les plus utilisés sont l'égalisation et la compression. Commencez par poser un coupe-bas sur tous les instruments qui ne génèrent pas de grave. Par exemple, inutile de laisser la pleine bande à un charleston, une guitare ou même une caisse claire. Donc coupez avec une bande assez raide sous la fréquence la plus basse reproduite par l'instrument...

Ensuite, donnons avec l'égalisation sa place à chaque instrument grave. Profondeur : 30 à 60Hz ; dynamique : autour de 100Hz ; son "tonneau" à adoucir : 200 à 500Hz ; impact : 4 à 8kHz avec un Q étroit.

Exemple avec ce titre électro de Ayola - Crazy : grosse caisse bien ronde (égalisation), basse synthé (égalisation, compression) > compression sidechain.

Autres exemples :

Roulian - Anything you wanna be : Egalisation, compression

Chris Léger - Nous deux : égalisation, compression. Les deux jouant en même temps, les paramètres sont à soigner. > compression sidechain, égalisation dynamique

Chris Léger - Les débris de ma vie : gestion des graves des tambours en gardant leur impact (pas de basse sur ce titre) : égalisation, égalisation dynamique, compression.

MK - Colère : Grosse caisse électro + acoustique, garder l'impact de l'une et la rondeur de l'autre, conjuguer avec les tom graves ; compression, égalisation.

- Mastering.

On l'a dit et répété : le but du mastering est d'ajouter la dernière couche de vernis sur le produit fini, sans dénaturer le mix. Et aussi gagner du niveau, et c'est là que c'est délicat quand on a un morceau riche en graves et en sous-graves. La première chose va donc être de domestiquer ce registre, et on va commencer par couper de façon assez brute toutes les fréquences ultra graves qui peuvent être gênantes. Dans mon cas, j'utilise le fameux FFT inclus dans Samplitude, et je coupe tout sous les 30Hz. A part quelques rarissimes exceptions, il n'y a rien en dessous, et en dehors de ceux qui aiment voir leurs boomers bouger pour rien, personne ne percevra ces fréquences. Ca évite pas mal de problèmes d'intermodulation et d'énergie dans ce registre.

Dans ma chaîne de mastering je commence par compresser, et je recommande une fois de plus ce superbe outil qu'est le Kotelnikov de Tokyo Dawn et en particulier cette fonction qui permet de couper les graves à l'entrée ; cela évite au compresseur de pomper, de garder un signal cohérent, compact, et les graves on les travaille autrement. Par exemple avec un compresseur dynamique (encore lui) qui lui va apporter une compression sélective et la cohésion souhaitée dans le grave sans toucher au reste. Puis il y a le limiteur qui finalement va agir assez peu vu que le son aura été préalablement égalisé en niveau sur tout le spectre ; on va pouvoir apporter un peu de niveau sans tomber dans les excès type Loudness War.

Ensuite on surveillera les niveaux finaux et l'égalisation par comparaison.

A écouter :

- Meshell Ndegeocello - God, fear and money - Smooth operator (mix basse-batterie, travail général sur les basses)

- Janet Jackson - 2 be loved (Basses profondes)

- Billie Eillish - Don't smile at me (basses profondes, limite intermodulation avec la voix)

- Beats Antique - Wish (basses profondes et percussives)

- Ben Howard - Small Things (boom toutes les 8 mesures)

- DeadMau5 - 4ware (GC profonde mais fort impact)

Je vous laisse là-dessous les liens de ces titres et des musiques utilisées dans la vidéo, ce sont de bonnes références pour appréhender le travail sur les graves

Voilà, on en a terminé pour aujourd'hui, n'hésitez pas à commenter, me dire ce que vous pensez sur le sujet, mais aussi me parler de vos soucis, vos suggestions, vos méthodes de travail sur les basses fréquences, car je pense que c'est un vaste sujet, et qu'on a chacun sa façon de l'aborder.

Et puis likez, partagez, ca fait vivre la chaîne et je vous en remercie. On se retrouve aussi sur le groupe Facebook Samplitude francophone pour approfondir le sujet si ça vous intéresse.

Enfin, jetez un oeil au site web d'Ursus Studio sur lequel vous pouvez profiter de promos exclusives sur les formations e-learning en mixage, mastering et perfectionnement Samplitude ; notez bien le code que vous trouverez en commentaire.

On se retrouve très vite pour d'autres astuces et d'autres sujets avec Sam. Allez, salut maintenant.

Description Youtube :

Les basses sont souvent la première découverte de l'auditeur qui s'achète pour la première fois de bonnes enceintes. Il faut donc les soigner.

Comment appréhender le mixage des graves ? C'est ce dont je vous parle dans cette vidéo, en essayant d'être le plus exhaustif possible. Mais je n'ai pas la science infuse, donc si vous avez d'autres idées, suggestions, méthodes, parlons en ici, approfondissons le sujet ensemble.

Merci à tous pour votre fidélité !

Musiques utilisées :

Roulian - Anything you wanna be : https://push.fm/fl/anythinuwannab

Titres-exemples à écouter (avec un caisson, ou au moins de bonnes écoutes) :

- Meshell Ndegeocello - God, fear and money : https://youtu.be/D5WSeRD3HI0

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